Événement passé
En mai 2016, Permaterra a organisé un stage de design appliqué de trois jours dans l'Aude, intitulé « Concevoir et planifier la régénération du territoire par une agriculture innovante ». Sur le terrain, en immersion totale, une vingtaine de participants ont travaillé sur un cas concret : appliquer le Keyline Design à l'échelle d'un bassin versant méditerranéen soumis aux inondations.
Ce compte-rendu documente les approches mobilisées, le territoire étudié, les enjeux identifiés et les enseignements tirés de cette expérimentation collective.
Stage Keyline Design & Holistic Management — Sigean, Aude, 14–16 mai 2016.
01. Le territoire d'étude : Coume Loubal, Portel-des-Corbières
Le stage portait sur un sous-bassin versant de la commune de Portel-des-Corbières, dans l'Aude, en amont de la réserve africaine de Sigean. Ce secteur se voit régulièrement inondé lors de concomitances entre fortes pluies et submersion marine — une problématique concrète, urgente et représentative des enjeux climatiques du littoral méditerranéen.
10–180 m
— plage altitudinale du sous-bassin versant de Coume Loubal, entre garrigue, friches, vignes et cours d'eau
Le sous-bassin versant de Coume Loubal est soumis au climat méditerranéen et composé de garrigues, friches et anciennes cultures, vignes, habitations, chemins et cours d'eau. Les participants ont réalisé un design global de ce territoire en appliquant les méthodes Keyline et permaculture sur cette problématique concrète : comment gérer l'eau dans un paysage à la fois sec, périodiquement inondable et en voie de déprise agricole ?
Travailler sur un cas réel plutôt qu'un exercice fictif est au cœur de la pédagogie Permaterra. Le territoire n'est pas un prétexte : c'est la matière première du design.
02. Les quatre approches mobilisées
La richesse de ce stage tenait dans la combinaison croisée de quatre cadres méthodologiques, appliqués simultanément sur le même terrain. Chacun apporte une lecture différente du paysage et des leviers d'action complémentaires.
Keyline Design
Lecture du paysage et échelle de la permanence relative. Gestion des eaux de ruissellement, collecte et stockage. Travail du sol avec la sous-soleuse Yeomans, outil principal de l'approche Keyline : un instrument conçu pour infiltrer l'eau dans le sol sans inversion des horizons, augmenter l'activité biologique et créer un complexe argilo-humique rapidement.
Gestion holistique
Cycle de l'eau et des nutriments. Impact animal et pâturages tournants. Amélioration des pâtures et des prairies par une gestion du troupeau pensée comme levier de régénération plutôt que comme pression sur le milieu.
Agroforesterie
Rôle de l'arbre hors forêt dans le cycle de l'eau et des nutriments. Approches sylvo-pastorales adaptées aux contextes méditerranéens, où l'arbre est à la fois régulateur thermique, protecteur des sols et source de fourrage.
Design en permaculture
Éthique et principes de conception. Écosystèmes naturels comme modèle de référence. Combinaison Eau, Animal, Végétal, Humain : penser le territoire comme un système d'interactions plutôt que comme une somme de problèmes à résoudre séparément.
« Ces quatre approches ne sont pas concurrentes. Elles lisent le même paysage à des échelles et des temporalités différentes. C'est leur combinaison qui produit la cohérence du design. »
03. Les enjeux du territoire
Travailler à l'échelle d'un bassin versant méditerranéen, c'est confronter une réalité multiple. Les enjeux identifiés lors du stage dépassent largement la question technique de l'eau : ils touchent à la résilience économique, à la restauration écologique et au dynamisme local.
Résilience climatique
Prévenir plutôt que guérir. Réduire les coûts des travaux de réparation par une gestion préventive des chocs climatiques : inondations, sécheresses, feux, érosion.
Régénération des terres
Transformer les friches en sols agricoles productifs. Régénérer les paysages dégradés pour l'agro-tourisme et la biodiversité.
Dynamisme local
Redynamiser la vie locale par l'agriculture. Recréer de la biodiversité à l'échelle du bassin versant. Un emploi agricole génère cinq emplois sur le territoire.
04. Le lieu : les Jardins de la Fount, Sigean
Le stage se déroulait aux Jardins de la Fount, ferme permaculturelle sous mention Nature et Progrès à Sigean, dans l'Aude. Sur 1,8 ha, Laurence Carretero y produit légumes, fruits, œufs, confitures, sirops et vinaigres, ainsi que du pain. Sa particularité : une ferme en autonomie énergétique et hydrique totale, avec pour objectif d'être une ferme à énergie positive.
Deux maraîchers sont installés sur une parcelle d'un demi-hectare avec deux serres. Le lieu est à la fois terrain d'accueil du stage et terrain de démonstration des pratiques enseignées : ce que les participants travaillaient en conception se retrouvait, en partie, déjà en place autour d'eux.
05. L'équipe
LC
Laurence Carretero
Design en permaculture
BTS d'horticulture, formatrice en phytotechnies et techniques du paysage en CFPPA. Bureau d'étude de conception paysagère. Découverte de la permaculture en Australie en 2007, PDC avec Bernard Alonso. Depuis 2010, elle met en place les Jardins de la Fount à Sigean, permalieu en autonomie énergétique et hydrique. Co-fondatrice de l'association Le Champ des Possibles et de la monnaie locale CERS.
FC
Franck Chevallier
Keyline Design, régénération des sols
Agriculteur engagé dans la transition énergétique et agroécologique. Il croise son expérience de terrain avec les apports du Keyline Design, de la permaculture et de l'Holistic Management. Il réalise des chantiers de régénération des sols selon l'approche Keyline et anime des ateliers d'autoconstruction de sous-soleuse de type Yeomans.
DM
David Mérino-Rigaill
Fondateur de Permaterra
Formé par des pionniers de la permaculture comme Robyn Francis, Darren Doherty et Rose Mary Morrow, ainsi que par Bernard Alonso, Steve Read et Andy Darlington. Compétences transversales : apiculture écologique, gestion de l'eau, régénération des sols, assainissement écologique. Il anime et coordonne les activités de Permaterra.
« Travailler sur un cas réel dans l'Aude en 2016, c'était déjà poser la question qui ne cesse de prendre de l'importance : comment concevoir des paysages agricoles capables d'absorber les chocs, de retenir l'eau et de régénérer les sols, avant que les crises ne l'imposent. »